Espaces Sacres Et Environnement Chez Les Bumi Lale

Danau Rana

par : Marcus PATTINAMA

Sites sacrés « naturels » |  Symposium International |  UNESCO,  CNRS,  MNHN | Paris, 22-25 Sept. 1998

INTRODUCTION

Dans un pays comme l’Indonésie, chacun ne dépend pas seulement de facteur biologique, mais aussi de facteurs culturels. Chaque société entretient avec son territoire et avec la nature qui l’entoure des relations qui sont gérées à travers des pratiques et des règles qui différent d’une société à l’autre. Ainsi une recherche sur la population autochtone de l’île de Buru, Moluques, Indonésie de l’Est nommés les Bumi Lale, est apparue particulièrement importante quand ont débuté les programmes gouvernementaux de transmigration de populations extérieur à l’île et de sédentarisation des populations locales. Sans connaissances sur les règles d’appropriation de la terre et des ressources, et en particulier de l’organisation sociale, on allait au devant de conflits três graves. Il fallait surtout avoir des informations sur les habitants les moins accesibles vivant autour du lac de Rana et la montagne de Date, territoire considéré comme particulièrement sacré par les habitants qui s’intitulent eux-mêmes Bumi Lale ce qui signifie « (c’est de la) Grande Terre ».

L’objectif de mon travail était d’analyser certains points précisant les interrelations entre les Bumi Lale et leur écosystèmes dans lesquels ils vivent. C’est ce que j’ai tenté de faire au cours de plusieurs courts sejours sur le terrain.

J’ai alors surtout enquêté dans le village de Waekahitnangan qui est un village choisi pour la sédentarisation depuis 1991 et qui lors de mon enquête comptait 105 habitations. Pour cette recherche j’ai dû commencer par me familiariser avec la langue des Bumi Lale. Il faut ajouter aussi que la situation de la population locale vis-à-vis de l’administration et de l’obligation d’appartenir à une de cinq grandes religions, ont rendu souvent l’enquête difficile, en particulier pour tout ce qui concerne les rituels et les lieux sacrés.

Pour l’élaboration de cette idée, j’ai modifié ma problèmatique en tenant compte des lacunes de mes données de terrain, mais aussi des informations recueillies grâce à la mission de documentation que j’ai effectuée aux Pays-Bas.

En effet j’ai ainsi acquis une meilleure connaissance sur certains points :

1) Les caractéristiques botaniques et écologiques du cajeputier qui est un arbre que l’on trouve en formation monospécifique à l’état naturel

2) Sur le commerce de l’essence de cajeputier

3) Sur les particularités du Setaria italica qui joue un rôle important dans les rituels agraires des Bumi Lale.

En fait, les données exposées dans ce mémoire sont le fruit d’une étude préliminaire sur une région et une population sur laquelle il existe peu d’informations. Les données rassemblées ont encore lacunaires, mais on peut maintenant se faire une meilleure idée des relations que les Bumi Lale entretiennent avec leur environnement.

 

RÉSULTAT

En général, dans le cadre du programme national de regroupement des Bumi Lale, le gouvernement détermine seul le lieu de résidence et ne choisit pas avec les autochtones le lieu plus propice pour eux. En fait, le gouvernement choisit un lieu de résidence près de la côte pour simplifier la communication entre les Bumi Lale et de l’éxterieur. Mais les Bumi Lale ont pensé que ce lieu était trop éloigné des jardins ou de forêt de cajeputier (Melaleuca leucadendron L.). Ce programme n’a pas réussi et ils ont abandonné leur maison et sont ensuite redevenus nomades dans la forêt.

Il devenait donc important pour moi de comprendre les logiques qui incitaient les Bumi Lale à déplacer leur habitat pour voir comment ils pouvaient s’adapter à la sédentarisation dans le village de Waekahit-nangan.

Dans cette analyse j’ai commencé par étudier en général la culture des Bumi Lale et l’organisation sociale traditinnelle. Il falait en particulier comprendre les coutumes des Bumi Lale en relation avec leur façon d’utiliser leur espace naturel, par exemple leurs relations avec le lieu sacré du lac de Rana et la montagne Date.

Pour cela il est apparu que c’était la conception générale de l’espace de l’ensemble des Bumi Lale qu’il fallait étudier seulement celle du village de Waekahitnangan.

Cependant j’ai dû limiter mon étude aux Bumi Lale du nord occupant un territoire appelé fena Lisela.

En fait comme l’indique la représentation mythique de l’île comme un corps, toutes les parties de l’île sont solidaires comme le parties d.un corps humain.

Sur cette figure d’un corps, on comprend mieux les rapport entre les Bumi Lale de intérieur et les Bumi Lale de l’extérieur dans le territoire du fena Lisela.

Cependant dans la responsabilité vis-à-vis de la préservation du territoire et pour les rituels agraires, certains lignages (noro) sont plus importants que d’autres, c’est le cas pour le noro Wakollo pour la partie orientale du fena Lisela et le noro Nalbesi pour la partie occidentale.

Il faut aussi noter que la pénétration sur le territoire des Bumi Lale est réglementée par l’existence de portes (sufen) de « barrières » et de bois où il est interdit d’entrer (seget et lacalua). Cette difficulté de circulation vaut aussi pour la sortie du territoire de la part des Bumi Lale.

Les Bumi Lale de l’extérieur sont là pour protéger la partie sacrée du territoire. On comprend ainsi pourquoi tous jouissent des mêmes droits d’accès aux ressources végétales et animales spontanées de la forêt, aux formations de cajeputiers et à la terre pour faire des jardins sur l’ensemble du territoire. Les Bumi Lale installent toujours leur village au centre d’une formation de cajeputiers.

Les informations recueillies sur le mode de subsistance montre que les Bumi Lale ont une alimentation très diversifiée qui dépend encore pour une large part des ressources spontanées et que leur mode de vie se rapproche autant d’une économie de chasseurs-cueilleurs-pécheurs que d’une économie d’agriculteurs. Le gibier en particulier joue un rôle important dans d’alimentation et les Bumi Lale passent beaucoup de temps dans la forêt à chasser et à collecter des végétaux.

Il est aussi intéressant de constater que le végétal qui sert de nourriture de base n’est pas toujours le même, mais in faudrait une enquête plus poussée pour comprendre mieux les rôles de chaqune de ces plantes.

Il est certain que le sagou a été jadis le seule nourriture de base des Bumi Lale. Mais on peut supposer qu’evec l’expansion démographique et, le climat de Buru qui comporte une forte saison sèche n’étant pas propice à une reproduction suffisamment rapide des formations de sagoutiers, que ces palmiers n’ont pu continuer à servir de nourriture de base à une population de plus en plus importante.

Cependant l’importance du sagoutier dans les conceptions des Bumi Lale transparaît dans le fait que la descendance d’un même ancêtre à l’extérieur d’un noro s’appelle bialahin c’est-à-dire « sagoutier ».

Pour ce qui est du climat, Buru n’est pas la seule île des Moluques où cette céréale joue un rôle rituel important. Mais c’est souvant le cas d’îles où le riz n’est pas cultivé comme c’est le cas à Tanimbar Kei.

En relation avec le système économique des Bumi Lale, je me suis intéressé au mode d’exploitation du cajeput (Melaleuca leucadendron L). Ils utilisent la manière traditionnelle pour extraire l’essence de cajeput. Pour eux, cette essence de cajeputier est une denrée importante qui leur rapporte de l’argent. Le prix d’essence de cajeput sur le marché leur est inconnu, ce qui est de toute évidence un problème car, lors de la vente, le prix est fixé par les marchands intermédiaires.

Les caractéristiques écologiques particulières du Melaleuca leucadendron L favorisent son implantation et son développement. Or pour avoir une essence de bonne qualité il est nécessaire d’avoir des feuilles d’arbres de six mois à un an. Ceci pose la question de savoir comment font les Bumi Lale pour avoir toujours suffisamment de Melaleuca de cet âge : coupés pour faciliter le rejet de souche ou mise à feu périodiques.

Une autre question qui se pose est celle du combustible nécessaire pour la distillation, puisque il est interdit d’employer le Melaleuca comme bois de feu.

L’exportation de l’essence de cajeput à Singapour est ignorée par les Bumi Lale parce qu’ils sont dépourvus de toutes sources d’information. Sans le savoir, ils perdent de l’argent. De Singapour l’huile est encore exportée dans d’autres pays dont les Etats-Unis, la France etc. Il serait évidemment bon que les Bumi Lale se passent d’intermédiaires, autres qu’eux-mêmes, et prennent en main leurs propres circuits commerciaux, afin d’être moins exploités.

 

RÉFÉRENCES

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PATTINAMA Marcus Jozef, 1998. Les Bumi Lale de l’île de Buru Moluques Indonésie: Mode de Subsistance et Exploitation du Melaleuca leucadendron. Mémoire de Stage DEA Environnement, Temps, Espaces, Sociétés (ETES) Université d’Orléans, Orléans, 100 p.

Cette bibliographie rassemble des textes cités dans l’article et d’autres qui m’ont servi dans l’élaboration de ce dernier.

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